Lorsque j’ai entamé l’écriture de La Colline de Torgenn-Sakr et autres nouvelles fantastiques, je portais en moi le désir de m’éloigner d’un fantastique figé dans les brumes du gothique ou les reliques du passé. Ce qui m’appelait, c’était la possibilité de faire fondre le réel moderne dans l’athanor de l’étrange, de révéler, sous le vernis du quotidien, les premières lueurs d’un monde occulte, les craquelures où s’infiltrent l’invisible, les transmutations secrètes de l’âme.
Le fantastique contemporain me permet de sonder ces lignes de fracture, ces crevasses discrètes entre l’ordre apparent et ce qui nous échappe comme du vif-argent. Il ne s’agit pas simplement de faire frémir ou de surprendre, mais d’introduire une faille dans la structure du réel, un éclat d’irréel qui vibre comme un métal en fusion. J’y emprunte les arcanes du fantastique, les signes du symbolisme ésotérique, et parfois les éclats d’une science-fiction alchimisée, quand les événements prennent une portée cosmique, presque initiatique.
Dans plusieurs de mes récits, les rites de passage ou les énigmes occultes se dissimulent sous les traits rassurants d’une modernité lisse : un entretien, un emploi, un déplacement anodin. Le surnaturel ne surgit jamais comme un ornement gratuit ; il est la pierre de touche révélant un processus intérieur, une métamorphose, souvent déclenchée par une possession ou un glissement vers une autre strate de réalité.
Le fantastique que je cultive agit comme une pierre philosophale littéraire : il révèle ce que notre monde cache sous ses surfaces lustrées, il questionne nos identités apparentes, nos certitudes friables, nos peurs enfouies. Il aborde le présent comme un décor prêt à se désagréger à tout moment, laissant affleurer d’autres vérités, d’autres flux temporels, d’autres plans d’existence.
À travers cette démarche, j’invite le lecteur à traverser le miroir, à plonger dans une prose où circule la sève alchimique du symbole, où chaque récit devient le seuil d’un rite de passage, la chambre hermétique d’une révélation, la porte entrouverte sur un monde parallèle.
Chaque récit devient le seuil d’un rite de passage, la chambre hermétique d’une révélation, la porte entrouverte sur un monde parallèle — ou parfois sur plusieurs réalités parallèles qui se superposent, se croisent et défient toute logique rationnelle.