
Au moment où j’écris ces mots, le livre attend patiemment sa validation par la plateforme de diffusion, avant de renaître sous son beau format, avec toutes ses feuilles bien tranchées sous sa couverture brillante. Il devient d’abord un objet, ordonné, docile, qui se laisse prendre au creux des mains, avant de prodiguer ses récits tourmentés. Cet objet, je l’ai rêvé, peut-être autant que les histoires qu’il contient.
Il m’aura fallu une grande persévérance pour dompter le fil de toutes ces lignes, sous un calibrage précis, le glisser entre des marges millimétrées, puis le découper en paragraphes, le conduire à sauter des pages pour le faire respirer dans sa chaîne infernale de caractères dansants. Retenir des règles de césure, de typographie, pour chaque phrase prononcée par ces êtres qui peuplent cette folle mosaïque de mots.
Pendant que le livre, feuille après feuille, se composait, se façonnait, s’ornait d’images sur sa couverture, me vint le souvenir olfactif de l’encre pâteuse d’imprimerie mêlée à celle du papier, à la graisse des rouages et au café chaud, dans l’atelier de mon père.
Jamais je n’aurais abandonné à quelqu’un d’autre l’élaboration de ce premier ouvrage.